L’utilisation de produits pharmaceutiques pour lutter contre les pucerons n’est pas toujours compatible avec les auxiliaires. L’introduction de ces derniers est souvent mise en œuvre mais elle peut représenter un coût important. Il est donc pertinent de soutenir à la fois les auxiliaires introduits et ceux naturellement présents.
Les plantes relais jouent ici un rôle clé. Intégrées dans la culture, elles attirent, nourrissent et hébergent les insectes utiles. Elles servent de véritable « point d’ancrage », facilitant leur installation et leur réactivité face à une hausse des ravageurs. Leur intérêt en culture de fraises se confirme dans le cadre de la protection intégrée.
Alysse maritime, une plante relais prometteuse
Lobularia maritima, ou alysse maritime, est une plante relais largement utilisée à l’international. Elle attire de nombreux auxiliaires tels que les parasitoïdes, les cécidomyies, les syrphes et les punaises du genre Orius, tous impliqués dans la lutte contre pucerons et thrips.
En pratique, notamment dans le sud de l’Espagne, elle est déjà bien intégrée en culture de tomate. Des études menées en conditions contrôlées par FREDON Hauts-de-France ont comparé plusieurs plantes relais (souci et capucine). L’alysse s’est distinguée, notamment parce qu’elle favorisait moins la reproduction du puceron de la pomme de terre, Macrosiphum euphorbiae, fréquent en fraise.
Facile à intégrer en culture
L’alysse présente une longue période de floraison. Lors des essais, elle a fleuri pendant au moins six mois, ce qui correspond bien aux cultures remontantes. Cette floraison prolongée assure une source continue de nourriture pour les auxiliaires.
En culture sur substrat, deux options existent: au-dessus ou en dessous de la gouttière. Les producteurs privilégient souvent une implantation sous la gouttière afin de ne pas réduire la surface productive et de limiter l’exposition aux traitements. En pleine terre, le semis est également possible.
Premiers essais à grande échelle
Dans le cadre d’un essai financé en 2023 par des fonds OCM via la REO, deux compartiments de 330 m² chacun ont été aménagés. Dans l’un d’eux, huit pots contenant chacun quatre plants d’alyssum ont été installés. Par ailleurs, différents auxiliaires ont été introduits — notamment des parasitoïdes, des chrysopes, des syrphes et des cécidomyies — afin de contrôler les populations de pucerons.
En raison d’une pression très élevée de pucerons, aucun effet clair sur leur population n’a été observé (Figure 1 et 2). En revanche, une augmentation nette du nombre de pucerons momifiés a été enregistrée, signe d’une activité accrue des parasitoïdes. Aucun effet significatif n’a été observé pour les autres auxiliaires.


Un intérêt réel, mais limité
Dans le cadre du projet Interreg REFLECHI (REndre les cultures maraîchères, Fruitières et les LEgumes d’industrie plus résilients au CHangement clImatique), suite aux études en laboratoire et en serre, des alysses ont été installées sur sept sites en Belgique et en France en 2025. Divers auxiliaires ont été observés sur les plants d’alysse (Table 1).
Les résultats indiquent une installation plus rapide des auxiliaires dans la culture des fraises en présence d’alysses.

Sur un site, un effet de distance a été observé : moins de pucerons étaient présents à proximité des plantes relais. Cependant, l’impact global sur les ravageurs reste variable selon les conditions. L’alysse doit donc être considérée comme un levier complémentaire et non comme une solution miracle.
Points d’attention et risques
Outre les auxiliaires, certains ravageurs ont également été observés sur l’alysse. Les thrips étaient systématiquement présents, mais maîtrisés grâce à l’utilisation d’acariens prédateurs. Les mêmes espèces de thrips ont été trouvées sur fraise et sur alysse.
Un point de vigilance concerne Liocoris tripustulatus. Observée sur trois sites, cette punaise a causé des dégâts sur un site en piquant les boutons floraux, entraînant des fruits déformés. Elle se concentrait principalement sur l’alysse, ce qui permettait une intervention ciblée.
Dans le cadre du projet REFLECHI, le suivi de l’utilisation de l’alysse se poursuit en 2026 afin de mieux évaluer son intérêt, l’effet de distance et les risques potentiels.




